Critiques de films
20 Janvier 2013
De : Quentin Tarantino
Avec : Jamie Foxx, Christoph Waltz, Leonardo DiCaprio, Kerry Washington, Samuel L. Jackson
Note : 90/100, RT 88%, Metacritic 81/100
1858, deux ans avant la guerre de Sécession, on retrouve Django (Jamie Foxx), un esclave au lourd passé et maltraité par ses maitres. Il croise alors la route du Dr King Schultz (Christoph Waltz), un ancien dentiste allemand devenu chasseur de prime. Seul Django peut lui permettre de retrouver les frères Brittle, trois criminels recherchés. En échange, ce dernier lui propose de l’aider à retrouver sa femme (Kerry Washington), les deux hommes s’engagent alors dans un long voyage au sud des Etats Unis, du Texas au Mississipi, qui les mènera à la rencontre de l’intriguant Calvin Candie (Leonardo DiCaprio).
On l’attendait depuis quatre ans, le légendaire Quentin Tarantino revient sur nos écrans avec un western spaghetti explosif, sanglant et stylé. Il y avait longtemps qu’on annonçait Tarantino dans un western et on peut dire que l’attente valait largement le coup. De décors sublimes en personnages charismatiques, le réalisateur rend hommage au genre qui a révolutionné le cinéma des années 60 et fait renaitre le western de ses cendres, à la mode Tarantino bien sûr.
En projet depuis de nombreuses années, Django Unchained est réalisé de mains de maitre. En effet, Quentin Tarantino réussi ici un brillant hommage à Sergio Leone et sa bande, tout en y intégrant la recette qui lui va si bien. Ainsi, on retrouve tous les éléments du western spaghetti, fusionnés aux répliques cinglantes d’un scenario taillé à la serpe. On est vite plongé dans une spirale de violence crue et d’effusion de sang, rythmé aussi bien par le mythique Ennio Morricone que par Tupac. Rien à redire coté réalisation donc, c’est très propre et le scénario tient largement la route, Tarantino relève haut la main le défi qu’il s’était lancé, on ne peut qu’accrocher.
Les rumeurs sont allées bon train quand au casting de ce projet ambitieux et c’est bien Jamie Foxx que l’on retrouve dans le rôle titre. Il nous livre ici son interprétation de Django, esclave libéré de ses chaines et assoiffé de vengeance. Brillant par instants, il est cependant un peu en dessous dans certaines scènes, tout en sachant rester attachant et largement à la hauteur du film. On retrouve ensuite Christoph Waltz dans le rôle du dentiste chasseur de prime, le docteur King Schultz. Sa première collaboration avec Tarantino sur Inglourious Basterds (2009) lui a valu l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle et il risque bien de récidiver puisque il est nominé pour la même récompense en 2013. Là aussi c’est très propre, charismatique et intriguant, du grand Christoph Waltz. Le casting est complété par Leonardo DiCaprio, dans le rôle de Calvin Candie, propriétaire sudiste amateur de combats à mort entre esclaves. On peut dire qu’il excelle ici en esclavagiste sournois, sans respect de la vie humaine, son personnage intriguant vous surprendra. L’une des rares femmes de ce casting, Kerry Washington incarne Broomhilda, l’épouse de Django. Sans crever l’écran, elle reste, elle aussi, à la hauteur du film. Enfin, Samuel L. Jackson, vient compléter la distribution. Complice de toujours de Tarantino, il tient le rôle confus de l’esclave et pourtant ami proche de Candie. Il apporte une touche d’humour dans la peau de ce serviteur fasciné par les Blancs et par son maitre.
Pour la musique, là aussi on reste dans les codes du Tarantino et du western spaghetti. Le réalisateur a évidemment fait appel à l’immense Ennio Morricone qui nous livre une bande originale digne des plus belles heures de Sergio Leone. On peut également y entendre du Tupac et du James Brown, le mélange des genres et des époques fonctionne à merveille, comme à chaque fois, on adore.
Pour conclure, nous dirons tout simplement que Quentin Tarantino réussi son pari. Dans la ligné du Django de Sergio Corbucci (1966) dont le héros Franco Nero fait d'ailleurs une apparition. Il réalise un western spaghetti dans les règles de l’art qui saigne et qui tache. La violence de ce film à la Sam Peckinpah, en dérangera certains, que voulez vous, c’est du Tarantino. Nominé notamment pour les Oscars du meilleur scénario original et du meilleur film, la concurrence avec Argo (2012) s’annonce rude. Quentin Tarantino a annoncé que Django Unchained serait l’un de ses derniers films, si les autres sont de ce calibre, le réalisateur de Pulp Fiction peut partir l’esprit tranquille.