Critiques de films
28 Décembre 2012
De : Peter Jackson
Avec : Martin Freeman, Ian McKellen, Andy Serkis, Hugo Weaving, Cate Blanchett, Christopher Lee et Richard Armitage
Note : 89/100
Ca faisait 10 ans que le monde entier les attendaient : les aventures de Bilbon Sacquet ont enfin été adapté au cinéma. Malgré plusieurs déboires, des procès opposant Peter Jackson à New Line Productions et bien que le film ait été retardé de 7 ans, il a fini par voir le jour en Nouvelle-Zélande, là où avait été tourné la géniale trilogie du Seigneur des anneaux. Et franchement, le défi que Jackson s’était lancé a été relevé haut la main : du début à la fin, nous sommes plongés dans la Terre du Milieu pour notre plus grand plaisir. Et autant vous dire que les 2h45 passent en un clin d’œil ! Avec un bestiaire revisité par Jackson et Guillermo Del Toro, on redécouvre un monde que l’on pensait connaitre sur le bout des doigts depuis des années. La précision avec laquelle a été réalisé le film nous permet aussi d’apprendre que cette contrée mythique ne se limite pas au Gondor, au Rohan, au Mordor et nous voyons enfin des nains autres que ceux entre-aperçus dans la trilogie des années 2000. Bref, Jackson maitrise son sujet et ça se voit car il nous fait réellement vivre une aventure !
Il a d’ailleurs tout fait pour : le scénario, écrit en collaboration avec Del Toro, quoique assez fidèle au livre, comporte quand même un bon nombre d’ajouts, ce qui n’est cependant pas pour nous déplaire tant le livre apparait comme une longue randonnée si on l’y compare. Des scènes de bataille multipliées et prolongées, des personnages- existants ou pas- qui n’apparaissent pas dans le livre et des scènes ajoutées pour faciliter la compréhension de l’histoire ou pour bien montrer qu’il s’agit de la genèse du Seigneur des anneaux, tout a une utilité et il convient de rendre hommage à chacune de ces idées aussi audacieuses que brillantes. Le scénario est donc parfaitement huilé et nous guide bien à travers la Terre du Milieu, sans que nous voyions les ficelles pour autant.
Cela n’aurait bien sûr pas été possible sans la qualité des acteurs sélectionnés : on ne présente plus Ian McKellen, l’acteur shakespearien, qui incarne à merveille ce magicien à la fois fascinant et mystérieux qu’est Gandalf. Martin Freeman, auparavant acteur de séries britanniques, est très convaincant dans son premier grand rôle au cinéma, alliant à la fois gaieté naturelle des hobbits et qualités de jeu rendant crédibles le fait que ce soit sa première aventure. Richard Armitage est excellent dans le rôle de Thorïn Ecu-de-chêne : leader froid et charismatique, il fait un très bon chef de compagnie respecté par tous. Hugo Weaving est égal à lui-même en tant qu’Elrond, seigneur des elfes de Fondcombe, et sa performance vaut largement celle du Seigneur des anneaux. Cate Blanchett et Christopher Lee, bien que présents à cause d’ajouts, donnent encore plus de prestige et de crédibilité au casting. Léger bémol à signaler néanmoins, tous sont beaucoup plus crédibles en VO qu’en VF, ce qui est à reprocher au doublage. En effet, il retranscrit parfois moins bien que prévu la solennité des scènes ou ne correspond tout simplement pas au personnage. Mais il y en a un qui est encore une fois au-dessus de tout, en français comme en anglais. Il s’agit bien sûr d’Andy Serkis qui signe ici une performance époustouflante, à tel point qu’on regrette de ne pas voir plus l’inquiétant Gollum.
Toute cette aventure est chapeautée par la nouvelle symphonie d’Howard Shore et les mots me manquent pour décrire les sensations épiques qu’elle nous procure : rythmée, entrainante, envoutante, émouvante, elle est la cerise sur l’immense gâteau que The Hobbit est pour tous les fans de Tolkien du monde.
Enfin, l’image : La 3D alliée aux images de synthèse donne un contenu épuré et magnifique. La beauté des paysages, les traits des personnages, les mouvements, les détails, tout est réussi et nous donne envie d’en voir toujours plus. Des rumeurs annonçaient que la haute qualité de l’image donnait la migraine et rendait le film désagréable : il n’en est rien. Elle transforme uniquement un excellent film en œuvre d’art.
Jackson, Del Toro, Shore et le casting impressionnant du Hobbit ont donc réussi un pari compliqué : faire revivre au cinéma l’œuvre de Tolkien après l’incroyable dernier volet de la Trilogie précédente (Le Retour du Roi, 11 oscars). Une nouvelle année d’attente commence avant de voir la deuxième partie et autant vous dire qu’elle va être longue.